Profession: photographe de guerre
Dans l’éventail assez large des “spécialisations” qui composent le photojournalisme, il y en a une très particulière, exercée par une minorité de reporters. Il s’agit de la photographie de guerre, qui donne selon moi ses lettres de noblesse à la profession. De Robert Capa à James Nachtwey, d’Henri Huet à Patrick Chauvel, ils sont nombreux à s’être risqués -et à se risquer encore- sur les chemins dangereux des scènes de conflits. Témoins, observateurs de l’innommable, beaucoup ont abandonné sur les champs de bataille une part d’eux-mêmes. D’autres y ont laissé la vie.
Ces hommes et femmes m’ont toujours inspiré le plus grand respect. Une forme d’envie également, effrayante et difficilement explicable, que le sacro-saint “devoir d’information” ne suffit pas à justifier. Certains photographes résument très bien ce sentiment. C’est le cas de Patrick Chauvel dans son livre autobiographique Rapporteurs de guerre, et dans son documentaire éponyme. Deux ouvrages que je recommande chaudement à quiconque souhaite comprendre ce métier difficile.
Dans son documentaire, Chauvel s’interroge surtout sur un sujet essentiel: “Ai-je le droit de photographier la souffrance des autres?”. Une question qu’il pose également aux autres photographes, et qui n’appelle pas de réponse péremptoire. Aux yeux des lecteurs, qui sont les premiers à “condamner” les clichés jugés trop durs et violents, le photojournaliste apparait souvent comme un complice involontaire du massacre qu’il photographie. Un “charognard” vivant du malheur des autres, comme l’explique le photographe américain Chris Morris, dans cet extrait de Rapporteurs de guerre (attention, ces images peuvent choquer).
A ceux qui doutent de l’engagement de ces journalistes, de leur mission, de leur humanité, je conseille l’excellent documentaire de Christian Frei War Photographer. Pendant deux ans, il a suivi le photographe américain James Nachtwey, cofondateur de l’agence VII, dans différents pays en guerre. Nachtwey est sans doute le photographe le plus doué de sa génération. Il porte sur son métier un regard juste, sans concession.
Nachtwey n’hésite pas à photographier la souffrance des autres. Pour lui, la question de Chauvel ne se pose pas. Je pense qu’il a raison. Le reproche fait aux photographes de guerre n’a pas lieu d’être. Ce qui dérange les lecteurs, c’est d’être confronté à ce qu’ils ne souhaitent pas voir: l’horreur, la guerre, le sang. Pourtant, ce sont des atrocités qu’il faut montrer, des conflits qu’il faut médiatiser. Car ce qui dérange fait réagir, et ce qui fait réagir peut faire changer les choses.
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Claire
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Ficelle

