Piéger Paris Match c’est facile, faire mal au photojournalisme aussi
C’est tombé aujourd’hui, Paris Match s’est fait piégé par deux étudiants des Arts déco de Strasbourg. Rémi Hubert et Guillaume Chauvin ont délibérément fabriqué un sujet de toutes pièces et l’ont présenté au “Grand Prix Paris Match du Photoreportage Etudiant 2009″. Et, c’est là que l’histoire tourne au vinaigre, ils ont gagné!
Leur reportage sur la précarité étudiante, “Mention Rien”, a séduit le jury qui les a récompensé hier soir à la Sorbonne. En montant à la tribune, ils révèlent que leurs images étaient mises en scène, réalisées avec l’aide d’amis. Bref, il n’y a rien de réel ni dans les photos, ni dans les légendes.
Sur le coup, le jury ne réagit pas à cette révélation, fait comme si de rien n’était et remet le chèque aux deux participants, avant de revenir en arrière aujourd’hui et d’annuler une partie -et une partie seulement- de la récompense. Une façon sans doute de sauver la face pour Match. Le numéro consacré aux lauréats, et qui présente les différents photoreportages, est déjà imprimé. Difficile donc de revenir en arrière…
Loana en plein bad trip
L’idée des deux étudiants étaient de dénoncer “les rouages d’un discours médiatique qui a pour ingrédients la complaisance et le voyeurisme dans la représentation de la détresse”, confient les deux compères à la journaliste Claire Guillot, dans un article du Monde. Mouais… Je suis moyennement convaincu les cocos.
D’abord parce que Match est en ce sens une cible facile. On sait que l’hebdo n’a plus grand chose à voir avec ce qu’il était dans le passé. Il préfère malheureusement bien souvent le people et le sensationnel aux reportages de fond (même si on y trouve encore de bons sujet et que des reporters de talents y publient régulièrement leur travail). A ce compte, nos deux étudiants auraient pu également prendre de fausses photos floues d’une copine de promo blonde, aguichante et feignant l’ivresse pour les vendre à Voici comme des clichés de Loana en plein bad trip. Et au moment de la publication, badadam! “On vous a bien eu bande de voyeurs, tout était faux!”
Vous l’aurez compris, je trouve la démarche un peu trop facile. D’autant qu’elle nuit davantage aux photojournalistes qui font leur métier correctement, qu’à Match. Il est déjà bien compliqué, et là je parle d’expérience, de faire son trou auprès des magazines quand on débute. On se heurte à des portes fermées, à des réflexions du genre: “On ne vous connait pas et donc on ne peut pas travailler avec vous” et patati et patata… Parfois pourtant, le chef d’un service photo décide de vous faire confiance, de croire en votre sujet sans avoir d’autres preuves que votre parole et votre déontologie.
Le paradoxe de leur démarche
J’imagine demain un jeune photojournaliste, frappant à la porte d’un journal avec un vrai reportage sur la précarité étudiante. Un travail dans lequel il aura mis toute son énergie. J’imagine le chef du service photo lui répondre: “Ouais, c’est bien, mais qu’est-ce qui me prouve que c’est vrai?” Rien, ou pas grand chose malheureusement, si ce n’est cette confiance difficile à accorder, encore plus après ce coup médiatique réalisé par deux étudiants en Arts déco.
Et oui, c’est un coup médiatique, un coup de pub pour nos deux amis qui expliquent à la fin de l’article du Monde, vouloir toujours faire du photojournalisme: “On s’est grillés. Mais d’autres seront sensibles à notre démarche”. Ben tiens…
C’est tout ce que je leur souhaite. Et je leur souhaite également de réussir à travailler sur des sujets lourds et difficiles sans tomber dans le “voyeurisme” qu’ils dénoncent, ce que réussit à faire la grande majorité des photojournalistes quotidiennement. Moi, je trouvais leurs photos réussies, et pas du tout complaisantes dans “la représentation de la détresse” pour les paraphraser. Pourquoi? Parce que ce qu’ils ont mis en scène existe réellement. D’ailleurs, ces scènes, ils les “ont tous les jours sous les yeux”, écrit la journaliste du Monde dans son article. C’est malheureusement tout le paradoxe de leur démarche “artistique”.
Tout ce ramdam est pour moi un gros acte manqué. Pour Match, mais aussi et surtout pour ces deux étudiants. Ils ont voulu piéger un magazine? Bravo. Ils ont surtout réussi à faire mal au photojournalisme en le décridibilisant sans raison.
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Daylight
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Pujo
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Gunthert
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Ficelle
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Pierre
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Milan
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Pierre

