Les assassins de Gamma pleurent à son enterrement
Il m’a fallu du temps pour écrire ce billet. Non pas que l’inspiration m’ai manqué, bien au contraire. Le sujet retenu –la mort annoncée de l’agence Gamma– m’a fait cogiter longuement. Mais je n’ai pas souhaité donner mon (modeste) point du vue sans prendre un peu de recul.
D’abord parce que des gens peut être plus concernés (les quelques photographes qui font encore partie de l’agence) et plus pointus sur le sujet (les fondateurs de l’agence) étaient mieux placés pour réagir. Ensuite, parce que je ne voulais pas réagir de façon trop épidermique et participer à l’hypocrisie ambiante. Hypocrisie hyper-présente dans les journaux qui dénonçaient tous “la mort du photojournalisme à la française”, déploraient ce redressement judiciaire et s’inquiétaient de l’avenir du photojournalisme en particulier et du journalisme en général. Le tout en feignant de n’être strictement pour rien dans la mort de Gamma. Sans rire…
Pourtant, j’ai eu un exemple, dans le quotidien dans lequel je travaille, de la responsabilité des journaux dans le lent déclin d’une certaine forme de photojournalisme. J’en avais fait un tweet le jour même.
Pour ceux qui ne l’ont pas vu/lu, je vous résume la scène. Un journaliste explique, à raison, en conférence de rédaction vouloir écrire un papier sur la mort annoncée de Gamma. Approbation générale des personnes présentes, qui redoublent de compliments à l’égard de l’agence, fleuron du photojournalisme version french touch. Pourtant, une fois validée la décision d’écrire un article sur le sujet, s’est rapidement posée la question de l’illustration. “On peut leur prendre une photo gratuitement à Gamma pour notre papier?”, s’est-on demandé sans rire… J’avais envie de leur répondre: “Ben oui, bien entendu, on ne va quand même pas les payer, c’est pas comme s’ils étaient sérieusement dans la mouise. Manquerait plus qu’on leur donne quelques euros. On n’est quand même pas solidaires à ce point”.
Là, on était au summum du foutage de tronche. Vaste blague qui m’a donné la désagréable sensation d’assister à l’enterrement de Gamma, et de voir tout autour de moi ses assassins en train de pleurer.
Quant à ceux dont les larmes étaient plus sincères, j’ai envie de les réconforter. Oui, Gamma va sans doute mourir. Oui, c’est un signe fort que quelque chose ne va pas dans notre profession. Cependant, c’est aussi l’occasion de “tuer le père” comme l’a très bien écrit (certes avec virulence, mais bien quand même) Juliette sur son blog. C’est l’occasion pour la “jeune génération”, celle qui n’a pas forcément connu les grandes heures de Gamma mais qui a la même vision du métier, de créer quelque chose, de réinventer l’exercice du photojournalisme et d’explorer des nouvelles pistes.
Grâce à cette génération, bourrée de talent (j’y reviendrai dans un futur billet), je veux croire que le photoreportage n’est pas mort. Au contraire. L’ancien modèle est peut être simplement périmé. Et aujourd’hui, c’est à nous de lui trouver un remplaçant.
P.S. Pour ceux qui le souhaitent, une pétition est ouverte pour sauver Gamma. Il faut envoyer un mail à soutien.agence.gamma@gmail.com.
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Quyen
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-ju
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Christian Lefebvre
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Matthieu
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Jean Georges
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Antonin
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Matthieu
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agnesd
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PJFB

